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Baromètre industriel du Jura bernois

 

Anticipation des dynamiques industrielles et clé de lecture

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Brutale hausse de la jauge d’incertitude pour le secteur secondaire

La forte dynamique industrielle entraînant l’ensemble du secteur secondaire depuis plus d’une année devrait se prolonger durant les trois prochains mois selon le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique du Jura bernois (CEP). Si le volume d’affaires est appelé à croître encore pour gagner une pleine utilisation des capacités de production, les prévisions d’investissement montrent elles un tonus inédit, spécialement dans les petites PME. Cette séquence enthousiaste est cependant ternie par des embûches de différentes natures qui péjorent les attentes en matière de résultats financiers. « L’accumulation et la diversité des entraves engendrent un fort degré d’incertitude et complique les stratégies de moyen et long terme » avance Patrick Linder, directeur de la CEP. Aux problèmes, récents, mais connus, de perturbation des chaines globales d’approvisionnement ou de pénuries de matières et de composants s’ajoutent des facteurs externes déjà opérants comme les appréciations rapides du franc, l’explosion du coût de l’énergie et une inflation généralisée. La guerre en Ukraine alimente des effets indirects qui menancent d’impacter à terme la demande globale de biens et services, critère in fine déterminant pour l’industrie suisse de la précision.

 

Baromètre industriel, anticipations pour le deuxième trimestre 2022

L’industrie connaît une phase très positive depuis plusieurs mois dans le Jura bernois et l’Arc jurassien. Volumes d’affaires importants, perspectives de moyen terme stables, rattrapages dans l’investissement, mise en œuvre d’innovations dans les entreprises et résultats financiers satisfaisants caractérisent l’année 2021 et les premiers mois 2022, en dépit de la pandémie de COVID-19. « Les complications domestiques, les mesures demandées ou le gel de certains pans de l’économie n’ont pas impacté le secteur secondaire régional dont la destinée se joue indiscutablement sur la scène globale » rappelle Patrick Linder. Le degré de fonctionnement de l’industrie est donc actuellement élevé et renvoie à une dimension conjoncturelle fondamentale.

En termes d’entrées de commandes, les entreprises s’attendent dans l’ensemble encore à une amélioration pour les prochains mois, quoique plus mesurées que précédemment. Des signes de stabilisation sont cependant perceptibles dans de nombreux cas, les volumes d’affaires se cristallisant à des niveaux élevés pour la majorité des acteurs. Sur la base des entrées de commandes prévues, l’année 2022 s’annonce sous les meilleurs auspices en tout cas jusqu’à l’été mais reste notamment subordonnée au développement de la guerre en Ukraine et à ses répercussions, directes et indirectes, sur une économie mondiale affichant déjà un penchant inflationniste.

Les résultats opérationnels escomptés ne sont toutefois pas à la hauteur de l’activité déployée. « La cherté de certaines matières, la pénurie de composants, une hausse généralisée des prix engendraient depuis de long mois un contexte peu propice en termes de profit, mais la situation s’est récemment notablement aggravée avec les effets de change, condition défavorable chronique de l’industrie suisse, dont il est raisonnable d’imputer une partie à l’embrasement la situation en Europe orientale » résume Patrick Linder. Le statut incontrôlable de valeur refuge du franc suisse et son cortège de conséquences pour les acteurs industriels influent sur les prévisions de résultats, prudentes.

Au plan de l’investissement, les entreprises prévoient des engagements considérables, particulièrement dans les petites PME actives dans des niches. Cumulant effet de rattrapage, volonté de capitaliser sur cette phase vertueuse et opportunité de compenser retards ou lésions infligées en 2015, cette tendance est essentielle pour garantir le niveau d’innovation dans les entreprises et, ce faisant, la compétitivité internationale de celles-ci. Cette volonté marquée d’investir traduit concrètement l’aplomb montré par le système de production régional depuis plus d’une année et souligne les perspectives entrevues par les acteurs industriels.

Enfin, la perception du développement de l’entreprise à vue d’une année reste très favorable en dépit de sa subordination à la destinée de l’économie mondiale, elle-même conditionnée par des composants conjoncturels, structurels et, comme le début d’année 2002 l’a brusquement rappelé, événementiels. Sans chocs majeurs, le niveau de déploiement de l’industrie devrait rester comparable à celui d’aujourd’hui aux yeux des entreprises.

Incertitudes et complexité : décryptage

La jauge d’incertitude et de complexité pour le secteur secondaire a été brutalement relevée avec la tentative d’invasion russe de l’Ukraine. Pourtant, son curseur avait déjà été progressivement haussé durant l’année 2021 en raison des perturbations profondes de la production globalisée, de la pénurie de composants (principalement électroniques) et de la hausse des prix. En début d’année 2022, dans une phase déjà très favorable quoique compliquée par la propagation rapide du variant Omicron, la force du franc suisse comptait à nouveau de manière aigüe parmi les facteurs prépondérant qui pénalisent l’industrie nationale. Le déclenchement d’un conflit majeur s’inscrit donc dans un contexte économique particulier liée en partie aux répercussions de la pandémie de COVID-19, mais également à la situation particulière de la Suisse.

D’un point de vue schématique, les conséquences directes de la guerre ou des sanctions économiques adoptées dans la foulée à l’encontre de la Russie peuvent être décomposées pour l’industrie du Jura bernois en termes individuels, sectoriels ou globaux. Il faut d’abord considérer les relations entretenues individuellement par une entreprise avec la Russie ou l’Ukraine, soit comme marché d’importance, soit comme zone d’interactions économiques privilégiées (fournisseurs de matières, de composants ou de prestation). Ce cas de figure s’avère peu courant et peu d’entreprises font état d’effet directs, même si la Russie demeure un marché direct important pour acteurs.

D’un point de vue sectoriel, la place de la Russie dans les exportations horlogères suisse (17e marché) a permis de limiter dans l’immédiat les craintes d’impacts violents sur les ventes de montres qui pourraient se répercuter sur l’écosystème de production microtechnique se trouvant dans l’Arc jurassien. Elle demeure cependant un marché privilégié de certaines marques qui sont nettement plus exposées. En revanche, au plan automobile par exemple, la présence d’une importante industrie du câble électrique en Ukraine perturbe la production de voitures et promettrait, en cas de prolongation, des incidences pour les PME suisses actives dans le domaine.

Le plan global enfin suscite actuellement des craintes dans les entreprises régionales dans la mesure où les effets indirects de la guerre accentuent fortement des aspects défavorables préexistants au conflit. Dans cette optique, il faut par exemple relier l’appréciation brutale du franc suisse de mars 2022 à un réflexe de repli vers une monnaie stable (valeur refuge) en raison de l’emballement de la situation internationale. Ces à-coups du franc suisse sont particulièrement néfastes et comptent parmi les principales préoccupations des entreprises. Dans le même registre, si les effets de la guerre d’Ukraine sur les coûts globaux de l’énergie sont communs à tous les domaines d’activités, ils n’en demeurent pas moins des plus préoccupants pour l’industrie régionale. En dernier lieu, certaines entreprises s’attendent à ce que la tendance inflationniste récente soit alimentée par l’installation d’un conflit durable. Le contexte d’ensemble de l’industrie suisse est donc particulièrement complexe, incertain tant au plan des marchés que de l’approvisionnement, et lié à des événements internationaux imprévisibles ou à des mouvements économiques globaux.

 

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