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Moins, mieux, plus cher…

Journal du Jura, 13 juin 2020

Richard Vaucher
Posté le 17.06.2020
Actualité CEP

Nous sommes en période dite de déconfinement, la crise sanitaire semble jugulée. Nous avons adapté nos usages et nos comportements sociaux, mais le plus dur reste à faire : Retrouver une activité et une santé économique raisonnables !

Absolument tout est fait par l’homme pour l’homme, grâce ou à cause de lui. Cela paraît une évidence, mais j’ai le sentiment qu’on l’oublie parfois et que ce but ultime n’est pas toujours intégré dans les analyses. Si l’homme s’arrête tout s’arrête, nous l’avons partiellement (mais suffisamment) testé ces derniers mois. L’addition sera salée… et le vrai choc sismique sera celui-là, d’où l’objet de ma réflexion.

En cette première moitié du 21ème siècle, nous avons atteint des sommets de consommation. L’équation reposant sur le fait que pour faire tourner l’économie, il faut produire plus, toujours plus loin et moins cher tout en comprimant les marges, est devenue un dogme absolu. Nous sommes arrivés dans une impasse absurde conduisant à des produits insipides, qui ne font plaisir à personne, qui génèrent peu ou pas de richesse collective, qui dilapident les ressources et déséquilibrent le monde. Les pires sont jetables, certains sont prétendus recyclables, la durabilité et la faculté d’être réparé sont devenues des exceptions.

Cette réflexion m’amène à reconsidérer la situation ; j’entends des souhaits de décroissance, des appels à un retour en arrière. Je ne crois pas que ce soit une issue acceptable et possible. Nous avons besoin d’une économie de production qui crée suffisamment de profit pour financer le fonctionnement de l’état, l’éducation, la formation, la culture, les soins, les infrastructures… Pour qu’une société soit prospère et équilibrée, il faut qu’elle produise des biens qui apportent de la valeur et de la richesse aux producteurs, aux vendeurs et aux utilisateurs.

Ici, dans l’Arc jurassien, nous avons un modèle rare : l’industrie horlogère. Cette branche qui, pour ceux qui en cultivent l’authenticité et en respectent l’essence, procure plaisir et profit tout au long de la chaîne de vie du produit. C’est une industrie de proximité à faible impact sur l’environnement. Les montres suisses sont durables, lorsqu’elles sont mécaniques elles ne consomment pas d’énergie, sont longtemps réparables et perdent que peu ou pas de valeur. Elles sont généralement belles et offrent toujours une part d’émotion car elles allient l’art et la technologie de pointe.

Dans l’horlogerie suisse actuelle, la notion de « moins, mieux et plus cher » semble devenir une réalité, est-ce vraiment voulu ? Je n’en suis pas sûr, mais c’est peut-être un chemin que nous serions avisés de thématiser et poursuivre.

Pour y parvenir, la notion de Swiss Made doit être renforcée et bien comprise, pas par protectionnisme mais pour améliorer et valoriser les savoir-faire et les circuits courts. L’horlogerie suisse est le fruit d’une intelligence et de connaissances collectives propres à son système industriel. Elle a été mise à mal par une mondialisation mal comprise et par les crises, mais il en reste quelque chose, les racines sont profondes et résistantes. La prospérité d’un tel système industriel est principalement de la responsabilité de ses grands donneurs d’ordres, ils doivent pratiquer une véritable politique de branche et la dynamiser en réinjectant une grande part des profits dans le R&D et dans les industries de sous-traitance et de soutien… qui, elles-mêmes, pourront générer des marges et réinvestir dans l’innovation, les moyens de production, les infrastructures et les collaborateurs. C’est un cercle vertueux, s’il se brise tout s’enraye.

Vous le voyez, pour peu l’horlogerie suisse pourrait être le modèle de l’économie responsable de demain, la notion de « moins, mieux et plus cher » en serait la règle et la prospérité de tous : le but.

Richard Vaucher, Président la Chambre d’économie publique du Jura bernois



Moins, mieux, plus cher…

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